France Inter a des invités très divers, du politicien le plus stupide à l’esprit le plus brillant. Dans ce monde où la génération 68 s’accroche au haut du pavé on a eu le droit à deux grands talents coup sur coup :
Elisabeth Badinter, ou le naufrage de l’esprit.
Dans son dernier livre Mme Badinter, grande combattante et libératrice des femmes dans les années 60 s’attaque à la vague naturaliste, ce qui selon point de vue peut s’appeler un retour à la raison.
On a donc pu assister durant toute cette journée à une attaque en règle de l’allaitement, du fait-maison, de l’écologie etc.
Alors bien sûr ce « retour à la nature » implique d’échanger du temps personnel contre de l’argent et le temps personnel est encore le fait des femmes, en grande partie, même si cela change.
Mais Mme Badinter garde cette mentalité d’enfant gâtée propre à cette génération qui est prête à sacrifier le monde (et les bébés ;-) ) à ses désirs et ses envies. Elle ne comprend donc pas pourquoi on peut vouloir sacrifier ce qui a été chèrement gagné, ce qui n’est pas contestable, au bénéfice de la planète mais surtout au bénéfice des futurs êtres humains.
Elle ne comprend pas, du haut de son conseil d’administration et de ses actions de Publicis (grand oppresseur des femmes s’il en est), que le monde change, que certains comportements d’égalité ont été intégrés, et que la contrainte majeure qui va nous revenir dans la figure, la finitude du monde, va provoquer bien pire que la perte de temps et donc de libertés des êtres humains (dont les femmes).
On peut comprendre sa vision assez étroite, comme on comprends le caprice d’une enfant trop pourrie, mais pourquoi prendre comme emblème des choses assez anodines telle que l’allaitement ?
Alors que d’autres sont beaucoup plus emblématiques : la différence des revenus, l’imagerie publicitaire culpabilisante, la violence contre les femmes etc.
L’allaitement coupable idéal
Mais l’allaitement reste assez symptomatique de la spécialisation sexuelle et est en soi un symbole. Un homme peut donner le biberon, mais ne peut allaiter. Il est la preuve trop visible de la différence Homme/Femme et devient insupportable à des féministes que l’on peut du coup qualifier d’extrémiste.
Un autre facteur de la mise en cause de l’allaitement est aussi cette manie des femmes de cette génération ayant fait le choix, justifié s’il est vraiment désiré, de sacrifier la vie familiale contre l’épanouissement professionnel.
Il en reste qu’une opposition farouche à ce choix de l’allaitement en est louche : expression d’un regret caché, d’une frustration profonde non assumée? C’est assez probable…
On ne parle pas de ses arguments de santé publique dignes du niveau discussion de café ‘son estimation de l’espérance de vie et de son lien avec le biberon est assez ridicule), ni les recommandations scientifiques qu’elle relativise avec raison mais en perdant de vue l’évolution des sciences et de ses niveaux de preuves.
Mme Badinter devrait retourner dans le monde réel, et non tenter de donner des leçons. Chez certaines personnes la vieillesse est vraiment un naufrage.
Mais pas tous.
Joseph Eugene Stiglitz, le courage de Cassandre.
En effet le lendemain nous avons eu le droit à un prix Nobel d’économie, non que le titre aie beaucoup d’importance, Joseph Stiglitz.
Cet économiste réaliste n’a de cesse de prévenir le monde économiques de catastrophes annoncées, des excès de la finance et des dérives dangereuses d’un système et il a raison avec une désespérante régularité. Il analyse avec assez de recul et de finesse la situation et nous place devant nos contradictions et notre futur.
Le débat toujours trop court dans ces cas là a été un vrai plaisir.
Dommage de n’avoir pas échangé…
Donc certes la vieillesse peut être un naufrage, surtout si on le veux.
Je tombe par hasard sur votre article et je me demande qui de Mme Badinter ou de vous a la vision la plus étriquée. Relisez-vous et vous verrez que la donneuse de leçons dictatoriales sous couvert d’écologie, c’est vous. L’allaitement maternel est aussi insupportable PHYSIQUEMENT pour un certain nombre de femmes hyper sensibles de cette partie du corps. Voudriez-vous les torturer au nom de l’écologiquement correct ?
Quant à Stiglitz, c’est malheureusement un économiste opportuniste qui a prédit la catastrophe après tant d’autres bien plus inspirés que lui (y compris et surtout chez les économistes libéraux), mais il s’est trouvé un jury ultra-keynésianiste pour récompenser l’un des siens. N’accordez plus trop d’importance aux prix Nobel. Ils ont beaucoup perdu de leur superbe.
Bonjour
Je ne dis pas qu’il faut le rendre obligatoire loin de là, mis tout est question de mode. Et la mode a été à l’allaitement artificiel pendant des années avec deux arrières-pensées :
Libération de la femme certes, mais un désir d’enfant pour ne pas s’en occuper est-ce si raisonnable ? (et je parle aussi pour le père)
Une arrière-pensée économique, le lait maternel ne rapporte guère…
La mode s’équilibre donc, et je vois encore une majorité de bébés au biberon, et encore suivant les niveaux sociaux, donc on est loin de la dictature imposée, non ?
La douleur au moment de l’allaitement existe, mais il manque surtout un accompagnement compétent et des aides quotidiennes qui permettent de la prendre en charge et de la prévenir, on a perdu énormément de compétences ces dernières années. Dans des pays ou le lait artificiel est sur ordonnance (avec là aussi des effets pervers) 95% des femmes allaitent. On est loin de l’impossibilité actuelle ressentie par de nouvelles mamans.
La « Dictature écologique » risque d’arriver et se fera bien sur de façon insidieuse pas le biais d’une norme de la société.plus que par une loi.
Je veux bien vous croire sur les prix Nobel, mais sur les attributions aux scientifiques elles sont assez justifiées, même si c’est avec pas mal de retard. L’économie n’est pas une science dure et relève plus de l’empirisme que de la rigueur désirée. Depuis des années les prix d’économie sont assez orientés, mais est-ce à tort au vu de l’aveuglement de l’économie sur le simple problème de la considération d’un monde fini.