La décision médicale : Le traitement

Les médecins les plus snobs ont tendance à parler de l’art de la médecine, tandis que vu de l’extérieur, beaucoup semblent parler d’une technicité avancée évoquant plus le travail d’un technicien.

Je ne sais pas trop ce qu’est l’art mais la décision médicale du traitement par exemple peut se résumer à un seul mot : complexe.

La complexité est une valeur décriée, mais c’est la complexité qui permet d’accéder à une richesse, une profondeur, une subtilité et une adaptation par petites touches qui en fait le plaisir. Là est l’art.

Mais la complexité est aussi la faculté d’associer, de penser à plusieurs niveaux, de monter des raisonnements élaborés et de structurer la prise en charge. Là est de la technique.

La décision de traitement dans la médecins est donc complexe car elle réunit plusieurs grands facteurs qui sont des classiques :

Le médecin, le malade et la relation médecin-malade.

Le médecin

Le médecin va déjà penser à son traitement grâce à :

  • la connaissance qu’il a de la pathologie et de ce qu’il en a appris pendant ses études:
  • les nouvelles connaissances acquises :
    • soit données par les laboratoires,
    • soit acquises par la lecture de la documentation personnelle,
    • soit par des discussions confraternelles (elles-mêmes soumises au mêmes aléas),
  • le retour personnel sur des traitements qu’il a déjà donné,
  • l’incertitude sur la pathologie,
  • la peur sur d’éventuelles complications et le vécu sur d’éventuelles complications antérieures,
  • son état psychique (fatigue etc.).

Le malade

Face à lui le/la patiente vient pour lui et ou ses enfants, et il a lui aussi des attentes, des peurs, des préjugés :

  • Son idée sur ses capacités à appréhender la maladie, qui dépendent de :
    • son niveau socio-économique qui est d’autant plus un désavantage qu’il est élevé. C’est un raccourci un peu rapide, mais plus le niveau de responsabilité est élevé plus le patient a une confiance en soi qui affaibli la portée du discours médical,
    • ce qu’en dit l’entourage, sur leur vécu personnel,
    • ce qu’en disent les médias dans leur globalité (journal, TV, internet),
    • la connaissance qu’il a lui aussi de la pathologie, suivant les différents traitements déjà reçus. On est là dans une évaluation totalement non scientifique, avec une expérimentation totalement empirique, de très faible niveau de preuve, mais qui a son sens pour le patient,
  • Son exigence de temps de guérison,
  • Son angoisse sur la maladie,
  • La pression de sa vie personnelle et son état mental,

Et le plus important :

La relation médecin malade

Car la consultation médicale c’est surtout la rencontre entre ces deux personnes et l’interaction qui en nait. L’un est en demande d’une aide, d’un conseil. Mais l’attente du médecin est-elle moindre ?

  • La confiance, c’est dans un sens le paramètre le plus important dans cette relation. Malheureusement car elle oblitère parfois totalement le bon sens et le jugement du patient.
    • Du malade envers le médecin, si elle n’existe pas le meilleur traitement peut échouer,
    • Du médecin envers le malade dans sa capacité à suivre le traitement et les recommandations.
  • Le conflit ou la tension entre les désirs de l’un et ce que l’autre veux en accepter.
  • Le désir de plaire tout simplement envers quelqu’un que l’on estime, que l’on trouve sympathique, ou dans un but commercial de fidélisation de clientèle.

L’acte de soigner est donc loin de l’idée que l’on voudrait porter. Celle d’un médecin inébranlable qui décide le meilleur traitement pour son patient.
Car le « meilleur traitement » est-il si bon s’il n’est pas accepté , suivi et pris ?

Dans un prochain article je parlerai de cas plus concrets.

(Màj 29/04/10)